Leçon d’oenologie façon Smooth #2 Les vins de Corse

Je vous l’avais promise, j’ai un peu tardé, mais voilà : la deuxième fiche d’oenologie vous arrive toute fraîche ! 
J’ai donc assisté à mon premier vrai cours d’oenologie. Maintenant, quand les serveurs me font goûter le vin, je me la pète. Je renifle longuement, je fais tourner le vin dans le verre, je regarde s’il laisse du gras sur le verre, je le re-renifle (le deuxième nez, que ça s’appelle), je le goûte enfin et je dis « Oui c’est très bien, merci ». Je suis tellement concentrée à faire mon show que je ne renifle pas grand chose, en fait. D’ailleurs, un jour sur deux, ma sinusite persistante me prive plus ou moins d’odorat. Et par ailleurs, je ne sais pas si j’oserais dire « Ah mais c’est dégueulasse ». Mais enfin, j’ai l’impression que le vin, c’est comme le footing : au début, les progrès sont fulgurants et après, on doit stagner un peu. Pour le moment, je débute, alors ça me convient très bien (contrairement au footing, où j’en suis à la phase stagnante et ne suis toujours pas parvenue à atteindre ces satanés 10 km). 
Dégustation des vins de Corse, donc. 
Les appellations : 
L’AOC Corse est l’appellation la plus basique, qui produit le plus de vin. 
L’AOC Villages est une appellation intermédiaire. Il y a en a cinq : AOC Cose « Calvi », AOC Corse « Sartène », AOC Corse « Figari », AOC Corse « Porto-Vecchio » et AOC Corse « Coteaux du Cap-Corse ». 
Les AOC Communales sont les appellations supérieures : il s’agit des Ajaccio et Patrimonio. Sur ces vins, l’appellation « Corse » a disparu. C’est un AOC Ajaccio ou AOC Patrimonio uniquement, donc. 
Contrairement aux ouvrages théoriques, la partie où l’oenologue décrit les sols et explique leur influence sur le vin est très intéressante en direct live : je crains de ne pas parvenir à la retranscrire de manière passionnante, donc je vous l’épargne, mais on peut au moins noter que les vins les plus basiques, l’AOC Corse donc, correspondent à la côte Est Corse, où le sol est sablo-argileux. 
Idem, la partie historique présente un intérêt non négligeable à l’oral, mais je vous en passe les détails à l’écrit. 
De manière générale, il faut savoir que plus on est dans le Sud, plus il fait chaud, plus la maîtrise du vin est compliquée. Cette différence entre les régions tend à se gommer aujourd’hui, grâce aux progrès techniques, qui permettent de tout contrôler de A à Z (ceci ne vaut pas uniquement pour la Corse, mais pour le monde entier). 
La Corse est à la fois proche de la mer et de la montage, bénéficie d’un ensoleillement maximum et est soumise à des vents violents, éléments qui influent tous sur le vin produit (on a eu un tableau comparatif, avec le nombre d’heures de soleil et de millimètres de pluie dans les différentes régions de France…). 
Pendant le cours, on a dégusté 5 vins (et je n’ai pas craché…) : 
Un blanc, cépage Vermentino Malvoisie Corse
C’est le cépage blanc principal de haute qualité en Corse (ne pas chercher à comparer à des Meursault ou autre, tout de même…). Il est censé être : fleuri et minéral au vieillissement. C’est un vin de repas, qui se distingue par sa finesse, son équilibre, sa puissance gustative et son gras. Il aurait un goût de « bonbon anglais », et vient de Patrimonio. 
Nous avons goûté une bouteille de Clos Alivu 2009, du Vigneron E. Poli, qui coûte environ 10 euros (ah ah, je ne maîtrise pas encore tout à fait le Mac, je suis à la recherche de l’Euro… Voilà, c’est Alt + $, c’est bien un truc d’américains, tiens). 
Pour commencer on regarde la robe. Pour du blanc on détermine le niveau de jaune (j’ignore si ça se fait de dire « jaune pisse », mais en l’occurrence, celui-ci était jaune olive, donc personne n’a pu tenter le coup), est-il clair ou foncé (clair pour le notre). La robe est-elle brillante ou terne (pour moi, tout brille si le verre est propre, donc j’ai encore un peu de mal sur ce point…) ? La robe du Patrimonio était brillante.
La robe est-elle limpide (versus : il y a des petits trucs qui flottent dedans ?). Le vin est-il glycériné (il reste une ligne un peu grasse et des larmes qui redescendent quand on tourne le vin dans le verre ? 
Passons au nez (à ce stade déjà, je m’amusais follement, mais n’avais pas bu la moindre goutte de vin). 
On commence par l’agrément (ça sent bon ou pas ?), là on avait mis 7 sur 10.
Est-il intense, expressif ? 6-7/10. 
Est-il frais ou lourd ? (la fraîcheur correspond à l’acidité du vin, qui est une bonne chose si elle est équilibrée), notre vin était frais. 
Est-il complexe ou simple (est-ce qu’il y a un seul arôme qui se détache, ou une multiplicité d’odeurs, un bouquet, comme on dit ?) ; celui-ci était plutôt complexe. 
Est-il fin ou rustique ? Celui-ci était fin. 
Et ça, les amis, c’est le premier nez. On peut boire maintenant ? NON. 
C’est à ce moment qu’on tourne (pour tourner, mieux vaut laisser le verre posé, tout simplement) : on oxygène le vin et on voit si son odeur évolue, et si oui, en bien. 
Un bon vin est censé réagir à l’oxygénation (c’est pour cette raison que l’on carafe certains vins). 
Donc, là, on re-sniffe un petit coup et on se repose toutes les questions ci-dessus (oui, c’est long de vraiment déguster un vin, en fait !)
En bouche (cela fait à ce moment environ 45 minutes qu’on colle du vin sous le nez de gens qui a priori aiment ça, qu’on le leur décrit, fait renifler, donc autant vous dire que quand l’oenologue a dit « La bouche », un grand bonheur m’a envahie et j’ai eu la forte impression de ne pas être la seule – un peu comme la fin des préliminaires finalement, c’est bien, mais c’est pas pour ça qu’on est venus, si ?). 
L’agrément : est-ce que l’on sent le gaz carbonique (on dit qu’il a du perlant) ? 
Ce vin-ci était court en bouche, ou dit aussi que la finale est courte (c’est rigolo le jargon du vin) et si vraiment vraiment on veut se la jouer, on parle en caudalies : ce sont le nombre de secondes de persistance du goût après déglutition. Un jour, j’aimerais goûter un vin dans un resto étoilé et dire « Hmmm, 6 caudalies, pas mal du tout », juste pour rire. 
Au final, nous avons trouvé que ce vin était décevant par rapport à son nez très prometteur mais qu’il avait un bon potentiel en vieillissant (eh oui, on a dit ça). 
Deuxième étape, comparaison de deux rouges : un AOC Ajaccio et un AOC Patrimonio
L’Ajaccio était un cépage Sciaccarelu, qu’on ne trouve presque nulle part ailleurs qu’en Corse. Il est censé être difficile à apprécier, ce n’est pas un vin moderne, facile. Il est plutôt léger et fin que puissant. 
Les arômes que l’on y retrouve sont les fruits rouges, les épices, les fleurs du maquis (description faite par des Corses, moi je ne sais pas ce que ça sent, la fleur du maquis), le bois. 
Le nez est boisé, intense, harmonieux, il y a suffisamment de fruit (si c’est trop boisé, le vin devient austère). Il est plus doux au second nez. 
La bouche est moyennement charpentée (c’est une référence aux tanins, en fait, la charpente, autant à leur quantité, qu’à leur maturité : il peut donc y avoir des vins très tanniques mais pas désagréables, au contraire). 
Il était légèrement astringent, avec une acidité légère, on sentait bien les tanins. A servir avec des viandes blanches. 
Il s’agissait de la Cavée Roger Courrèges, Domaine de Vaccelli, 2006
Le Patrimonio était un cépage Nielluciu, vin très « in », qui correspond beaucoup plus à nos critères modernes. Il est charpenté, puissant, son terroir se rapproche un peu de la région du Chianti. 
Les arômes sont ceux de fruits rouges, de réglisse, et de (no joke) fourrure de lièvre. 
Au nez, tout le monde a dit que cela dégageait « une impression animale », moi ça m’a un peu dégoûtée, mais ce n’était peut-être pas tout à fait faux. Les fruits noirs étaient dominés par l’odeur herbacée, le deuxième nez était poivré (en gros, servez ce vin avec un rôti de sanglier). 
Il était gras, rond, charpenté, charnu et long en bouche. Moi j’aime bien les vins longs en bouche. On peut aussi le servir à l’apéritif. 
C’était un Clos Alivu 2008, E. Poli.
J’ai appris à détecter l’astringence (ça pique un peu le palais et les gencives, elle est moins marquée sur les vins de qualité). 
La comparaison est vraiment intéressante à faire : la différence de robe était criante, et puis en passant d’un vin à l’autre, on s’aperçoit que finalement, ce n’est pas nécessairement notre première impression qui était la bonne (ça c’est peut-être aussi parce qu’à ce stade on a bu pas loin de deux verres de vin, à jeun ou presque). 
Dans les deux, j’ai préféré l’AOC Ajaccio : avec le Patrimonio, j’avais l’impression de boire un Chianti mais en un peu moins bon, finalement. 
Je commence à être longuette, là, mais je vous raconte juste rapidement le dernier vin rouge que l’on a goûté (ensuite il y a eu un Muscat, mais je ne l’ai pas aimé et je ne trouve pas ça super intéressant, les muscats, même si c’est bon parfois). 
C’était, aux dires de l’oenologue, le plus exotique. Un Aleatico, Domaine du Mont Saint Jean 2009, un vin de pays. Ce qui était très particulier sur ce vin, c’était son arôme : la rose. Sans blague. Ca en avait l’air presque artificiel, ça ressemblait beaucoup à mon Roïboos à la rose de chez Mariage Frères, et pourtant, il n’y avait aucun additif, rien. Finalement, j’ai trouvé ça plutôt rigolo. Et c’était même bon. 
Au printemps ou en septembre, on ira peut-être en Corse avec C&T : ça promet niveau dégustation. 
septembre 26, 2010

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