Le vie de yogi #4 : Asteya ou « Ne pas voler »

Je vous avais promis une série sur les 10 Yamas et Niyamas. J’en arrive laborieusement au 3ème Yama, c’est à dire la 3ème « observance morale » du yoga, ne désespérez-pas, on arrivera au bout (les précédents sont éparpillés sur mon blog, si vous avez oublié ce que sont les yamas ou niyamas, ou ce que signfie Ahimsa : épisode 1, épisode 2, épisode 3).

Asteya est donc le 3ème des Yamas, que le yogi cherche à appliquer dans sa vie quotidienne.

Asteya signifie littéralement « le non-vol ». Mais il ne s’agit pas uniquement de vol au sens juridique du terme : dans la philosophie hindouiste, on « vole » dès lors que l’on acquiert des choses dont on n’a pas besoin, alors même que d’autres en ont besoin. « Un objet, dit Gandhi, même s’il n’a pas été acquis par le vol, doit néanmoins être considéré comme dérobé, si on le possède sans en avoir besoin« . En ce sens, le fait d’être envieux des autres peut aussi être considéré comme une violation d’Asteya : on voudrait leur « voler » ou s’approprier leur succès, leur beauté, leur bonne santé, leur souplesse, leur chance, parce qu’on pense qu’on les mérite, et parce qu’on pense qu’on ne peut pas se les procurer par nous-même… En sens inverse, le minimalisme tend à respecter Asteya (même si le minimalisme peut aussi s’apparenter à Aparigraha, dont on parlera dans l’épisode 6).

Voici la vision de Faustine, l’un des Happy Yogis in Paris, qui donne plein de super cours à Paris :

« Ce qu’il faut garder en tête avec les Yamas, c’est que même si ces préceptes sont à appliquer au monde qui nous entoure et à notre comportement avec les autres, ils sont tout aussi bons à prendre pour nous-mêmes ! Asteya, c’est aussi ouvrir les yeux sur ce que nous nous empêchons d’être, ces qualités et ces opportunités que nous réfrénons souvent par peur, consciente ou inconsciente. Asteya, c’est se laisser la place d’être, de s’accomplir, de ne pas se cacher ou se trouver d’excuses. Asteya, c’est ne pas se voler à soi même cette chance de réaliser que tout ce que nous souhaitons est possible, que tout ce que nous désirons existe déjà à l’intérieur de nous. »

Quant à moi… Asteya est l’un des Yamas qui m’a le plus fait réfléchir l’année dernière (même si ce n’est pas le seul) et voici le résultat de ces réflexions :

Comment je respecte Asteya dans ma vie ? 

Je vais vous confier un truc : quand j’étais gamine, j’avais toujours l’impression de manquer, de ne pas avoir assez ou encore d’avoir moins que d’autres. Les jouets des autres me faisaient tout le temps envie et même plus tard, à l’adolescence, j’étais frustrée que la plupart de mes copains partent en vacances au bout du monde ou en voyage linguistique pendant que je bossais en juillet pour payer mes vacances en août. Je partais donc de loin pour ce Yamas en particulier. D’ailleurs quand j’avais 15 ans, mes parents ont du venir me chercher au commissariat pour vol à l’étalage : une violation directe d’Asteya, pas la peine d’aller chercher la subtilité (ce n’était pas tant pour le produit du vol que par stupide rébellion, mais bon). Aujourd’hui, la manière dont j’applique Asteya dans ma vie est en essayant le plus possible d’être reconnaissante pour ce que j’ai, sans me demander si mon voisin a plus que moi, et sans avoir l’impression que je mérite plus que ce que j’ai. Avec les années, c’est quelque chose qui est de plus en plus facile (mais jamais gagné, évidemment).

Comment j’applique Asteya dans ma pratique du yoga ? 

Pendant longtemps, j’ai réfléchi à la manière d’interpréter Asteya s’agissant de la pratique physique du yoga. Une manière de le voir serait « ne pas être envieux de la pratique de son voisin » (sa souplesse, sa force, le fait qu’il arrive à faire telle posture alors que moi, non). Mais j’ai aussi lu, l’année dernière, qu’Asteya sur notre tapis pouvait être interprété comme un manque de confiance en nous pour créer ce dont nous avons besoin (genre, l’énergie nécessaire).

asteya

Alors, est-ce que j’envie la pratique de ma voisine au yoga ? Oui et non ! Evidemment, ne pas se comparer avec le voisin fait partie des choses que votre prof de yoga vous répète. Facile à dire. Avec les années, j’ai honnêtement arrêté de regarder mes voisins faire du yoga. Ca ne s’est pas fait en un jour. Ni même en un an. Mais maintenant, je m’en fiche (je suis trop concentrée pour garder l’équilibre pour regarder à côté). En revanche, je reste plutôt sensible aux comportement un peu « show off », dans le yoga. La voisine ou la prof qui fait super bien une posture hyper difficile me laisse indifférente (ou plutôt je me contente de trouver ça joli) (par exemple, j’adore regarder les photos de Tatiana, une prof de yoga ancienne danseuse, qui est très souple et gracieuse. Je me dis juste « c’est beau »). Mais si la personne hyper souple ou hyper forte est un peu dans la revendication et la démonstration de ses postures, ça m’énerve assez vite. Et je peux me sentir envieuse, non pas de sa pratique finale, mais du chemin parcouru ou du temps qu’elle a pu y consacrer, que j’estime ne pas avoir, moi « Bah c’est bon, elle peut bien faire le grand écart, elle passe 5h par jour à faire du yoga, elle n’a que ça à faire »). Ce que je trouve intéressant, c’est ce que ça dit de mes préoccupations du moment : ce dont j’estime manquer aujourd’hui, c’est de temps (sans blague) et je vais être plus facilement envieuse des personnes qui semblent en avoir plus que moi.

Est-ce que je manque de confiance pour créer ce dont j’ai besoin pour ma pratique ?

De moins en moins, mais oui. Pendant des années, et surtout après la naissance de ma fille et jusqu’à il y a environ un an, je me suis beaucoup « économisée » quand je faisais du yoga. J’avais peur de ne pas suivre tout le cours si je faisais tous les vinyasas ou si je ne faisais pas de pause. Ou alors, j’avais peur de suivre le cours, mais d’être ensuite une épave tout le reste de la journée alors que je devais encore aller bosser puis m’occuper de ma fille avant de me coucher, et recommencer. Je regardais ces gens qui ont trois gosses, un boulot et qui font du yoga tous les matins, avec une sorte d’ahurissement et l’impression que moi, je n’avais pas cette énergie. Et puis tout doucement, j’ai commencé à arrêter de regarder ces personnes comme des ovnis (j’ai notamment réalisé que la plupart d’entre eux ne cumulaient PAS yoga tous les matins + job de bureau 38h par semaine + enfants en bas âge mais seulement deux des trois en général) (en fait les gens sont humains) et me suis dit que j’avais certainement la force de faire un peu plus de yoga, petit à petit.
Asteya dans la société ? 
J’avais choisi, pour le dernier essai à rendre à la fin de mon année de formation de prof de yoga, de parler des Yamas et Niyamas par rapport au traitement des animaux dans notre société. Voici un extrait que j’avais écrit au sujet d’Asteya :
« I feel like I violate asteya everytime I want to eat cheese and give in to that appetite (whereas I have come to peace with the fact that sometimes I do, but this is not the subject here). I feel like I have stolen someone’s milk. When I was breast-feeding, I was so overwhelmed by the magic of our bodies to produce what our babies need and more generally about the wonders of nature and reproduction. So when we take an animal’s life to eat, it makes me feel bad, but it makes me feel exactly as bad to steal a mothers’s milk.
Some people talk about a « contract » between animals and humans : we take care of animals, we give them a good life, good food, a shelter and at the end of that, they give us their meat and share their eggs or milk with us. I really like this idea (well, I am more comfortable with the sharing of eggs and milk than the eating of the meat in this scenario, because, do I really feel like eating the flesh of someone I have lived and made a contract with?), but thinking that the animal products we come to consume on a daily basis, in the supermarket or even in a basic restaurant in Paris, are the result of such a contract is a very very nasty lie (and thus a violation of satya). Unfortunately, this is one of the most trendy lies, the famous « I bought it from my butcher, it comes from a small farm ».
J’ai failli avoir la flemme de traduire en français mais allez, cadeau (utilisation fort utile de mon diplôme de traduction, n’est-ce-pas ?) :
J’ai le sentiment de violer Asteya chaque fois que j’ai envie de manger du fromage et que je cède à la tentation (même si je suis maintenant plus en paix avec le fait que ça m’arrive parfois, mais c’est un autre sujet). J’ai l’impression d’avoir volé le lait de quelqu’un. Quand j’allaitais, j’étais émerveillée par la magie de nos corps, qui produisent exactement ce dont nos bébés ont besoin (et la magie de la nature et de la reproduction en général, d’ailleurs). Alors si je me sens mal d’ôter la vie d’un animal, je me sens aussi mal de prendre le lait d’une mère allaitante.
Certains parlent d’un « contrat » entre l’homme et l’animal : l’homme lui offre une belle vie, de la nourriture, et en échange, l’animal partage avec l’homme son lait, ses oeufs, et sa chair à la fin de sa vie. J’aime beaucoup l’idée (même si je suis plus à l’aise avec le partage des oeufs et du lait que de la chair) (qui a envie de manger la chair de quelqu’un avec qui il a partagé sa vie et conclu un contrat ?) mais penser que les produits animaux que nous consommons au quotidien, au supermarché ou même dans un restaurant classique à Paris sont le résultat d’un tel contrat est vraiment un énorme mensonge (et donc, une violation de Satya). Malheureusement, c’est l’un des mensonges les plus à la mode ces temps-ci, la viande heureuse et le fameux « je l’ai acheté chez mon boucher, ça vient d’un petit élevage ».
Comme je l’ai déjà dit dans les précédents articles, on peut réfléchir toute une vie sur les Yamas et Niyamas, et on passe toute sa vie à chercher à les appliquer, pour vivre selon ces préceptes « yogi ». Entre l’année dernière où j’ai écrit des essais à leur sujet, et cette année, certaines des choses que j’ai écrites ne me semblent plus vraies, d’autres sont apparues… mais peu importe. Selon les Yoga-sutras, vivre selon les Yamas, c’est justement se rendre compte qu’on a dévié (« Ouh la, pas très Asteya cette pensée ») et réajuster à chaque fois.
février 14, 2017

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