Le tricot vegan #Les bases

En juin 2004, ma copine de fac Isabelle est rentrée d’un weekend chez sa tante avec des aiguilles à tricoter et un bout d’écharpe. Comme à l’époque, nous étions inséparables et curieuses, ma copine Marion et moi n’avons fait ni une ni deux : on a demandé à Isabelle de nous apprendre et on a acheté de quoi se faire chacune une écharpe. Je me souviens des longues soirées « tricot-bière-potins » pendant l’année Erasmus qui a suivi (en Allemagne, il caille, on est mieux au chaud à tricoter), et de mes créations pour la famille : écharpes et couvertures, parce que je ne tricotais que des carrés, et seulement en point mousse (et seulement en acrylique pas chère, j’avais 20 ans et j’étais étudiante).

Quelques années après, j’ai repris le tricot, et ce n’est pas comme le vélo : quand on a une technique balbutiante et des connaissances sommaires, on oublie tout. J’ai repris depuis le début et j’ai refait des écharpes, avec l’aide de mon copain YouTube, sur lequel on commençait à trouver quelques tutos (on était en 2010).

Dix ans plus tard, enceinte et arrêtée pendant plusieurs mois, je me suis mise à layette. J’ai commencé à intégrer le point envers, que je détestais avant, et quelques techniques comme les augmentations et diminutions. Je me suis lancée dans un trendy châle que je n’ai jamais porté (rapport au choix contestable du fil) et dans un gilet taille 6 mois que je n’ai jamais terminé. Mais j’ai fièrement réussi à tricoter une gigoteuse, pas mal d’écharpes et des snoods. Comme je tricotais pour d’autres j’ai acheté de la laine, avec la bonne excuse que ce n’était pas pour moi et qu’eux n’étaient pas vegan.

Et puis récemment, je m’y suis (encore) remise. Avec un petit ras-le-bol de l’écharpe et l’envie de faire quelque chose d’utile et joli. C’est là que je me suis vraiment heurtée à la difficulté du tricot vegan : quand on fait une écharpe, il suffit de choisir le fil qui nous plaît. Quand on suit un modèle, il faut changer la laine conseillée et s’assurer que ça va rendre pareil. Pas gagné.

Cette longue introduction pour vous dire : je suis plutôt une tricoteuse du dimanche, pas très régulière et loin d’être super douée. Quand on choisit un modèle et du fil, notre niveau joue sur notre choix (si j’ai peur de rater mon pull, je ne vais pas acheter 120 euros de fil à tricoter pour sa réalisation).

Voici quelques tuyaux pour le tricot vegan, résultat de mes expériences et lectures :

Oubliez (ou presque) les sites qui proposent des « kits ». Le tricot est redevenu super à la mode et avec lui, un nouveau business modèle : le kit de tricot pour débutants, avec des modèles simples et au goût du jour (pas le catalogue Phildar 1997 qui fait flipper), et de belles laines. On trouve par exemple ces jolis kits sur We Are Knitters (j’adore leurs modèles) ou Wool and the Gang. C’est là que le bât blesse : la mode est au naturel, au produit noble, et la laine, c’est plus « noble » que l’acrylique, c’est sûr. Donc sur ces sites, les vegans trouvent rarement leur bonheur, sauf avec certains modèles d’été 100% coton.

Ca implique qu’il faut trouver son propre patron, et acheter ensuite le fil à tricoter. J’ai acheté un certain nombre de catalogues Phildar et Bergère de France, deux marques de tricot ayant pignon sur rue depuis des années, mais les patrons ne me conviennent pas. Même quand j’y trouve de jolis modèles, les patrons sont incompréhensibles. Je pensais que c’était parce que j’étais nulle, mais je discutais avec une pro du tricot qui m’a dit « Ah mais Phildar laisse tomber, y a toujours un moment du patron où tu bloques parce que tu ne comprends pas ce qu’il faut faire ». Bon ok, je vais ranger mes catalogues dans un coin alors.

Le meilleur repère pour trouver des patrons, c’est Ravelry aka la caverne d’ali baba. On peut filtrer par type de technique (tricot, crochet), par type de vêtements à tricoter (enfant, adulte, femme, homme, pull, écharpe, bonnet, chaussettes…) mais aussi en ne gardant que les « gratuits » par exemple (il y a plein de modèles gratuits, ou à petits prix, genre 3-5 € le modèle). On peut également voir combien de personnes ont réalisé le patron, et la note qu’elles lui ont attribuée (satisfaction et -surtout – niveau de difficulté). Ca permet aussi de voir qui a modifié le patron, comment, et peut être si la personne a changé le fil préconisé, ce que ça a donné, et tout et tout.

Bon et une fois qu’on a le patron, quand on est vegan, on est LOIN d’être arrivé au bout de nos peines. C’est le moment où on s’aperçoit que le patron propose de tricoter le pull / les chaussettes en question avec un fil 100% mérinos ou baby alpaga ou 50% coton 15% polyester 15% lyocell et 20% laine (le plus frustrant). Il va falloir substituer.

tricot vegan

Aparté : si vous vous demandez pourquoi renoncer à la laine, je vous propose une lecture intéressante chez Antigone XXI. Parfois, je vais dans ce joli magasin dans le 2ème arrondissement en leur disant que je cherche un fil sans laine, et ce sont des passionnées des travaux manuels et des belles laines alors elles me regardent (à chaque fois) avec des grands yeux étonnés (et l’air de dire « bah si tu préfères du synthétique vas-y hein, mais on vend pas de ça ici ») et je suis à deux doigts de me dire « Nan mais c’est pas SI cruel que ça la laine, et puis bon l’acrylique ça pollue, c’est dégueulasse » mais je repense à cet article et je m’abstiens.

DONC. Conseil suivant.

Substituez avec un fil similaire. Ca a l’air hyper évident dit comme ça mais pour le tricoteur débutant, ça ne l’est pas forcément (en tous cas ça ne l’était pas pour moi). Cf par exemple le fameux trendy châle que j’ai tricoté en 100% coton. Le trendy châle, à la base, se tricote en mohair, avec des aiguilles plus grosses que le fil, ce qui fait une maille aérée et un tricot duveteux. Si tu mets un fil de coton à la place, même de la même taille que le fil mohair conseillé, ça fait filet de pêche (si en plus, comme moi, tu as choisi une espèce de vert étrange, c’est pas hyper beau). Donc il ne faut pas seulement s’intéresser au numéro d’aiguilles préconisé, mais bien au rendu souhaité et à la qualité du fil d’origine (pull moelleux, chaussettes élastiques, bonnet qui ne gratte pas, etc).

Renoncez parfois au 100% naturel. Si les alternatives naturelles à la laine existent (on n’est pas forcément coincé entre « cachemire ou acrylique ») (voyez par exemple le deuxième article d’Antigone XXI pour des options), il y a des substitutions qui sont compliquées. Par exemple, le côté duveteux du mohair, soit vous y renoncez, soit vous prenez de l’acrylique. Les chaussettes 100% chanvre, bambou ou coton, c’est pas sûr que ça fonctionne très bien non plus (en général on conseille un petit pourcentage de polyamide dans le fil à chaussettes, pour qu’elles soient élastiques). Si vous avez envie d’un pull corail, vous allez avoir du mal à le trouver en chanvre ou en fil d’ortie (mais en coton bio, ça existe, c’est déjà pas mal).

Pelotes de coton DMC Natural XL chez Lil Weasel
Pelotes de coton DMC Natura XL chez Lil Weasel

Dans ces cas de figure, nos options sont 1) Renoncer au véganisme et acheter une jolie laine (il y en a de plus éthiques que d’autres, on peut aussi ne pas être vegan et chercher une laine la plus respectueuse possible) 2) Renoncer au 100% naturel et acheter un peu d’acrylique ou de polyamide 3) Adhérer au minimalisme et renoncer à ce projet tricot en particulier. Chacun fait son choix, mais je trouve parfois qu’admettre qu’il n’y a pas de solution parfaite, de produit qui correspond à notre goût et soit éthique, écologique et peu onéreux (ah oui parce que la pelote de chanvre, c’est genre 12€, et il en faut 10 pour faire un pull : personnellement, j’attends d’être un peu meilleure en tricot et d’être sûre d’avoir un BEAU pull pour ce prix) me permet de sortir de mon dilemme.

Fouillez le net à la recherche de laines véganes et de fils naturels et écologiques. Ces beaux fils, naturels, écologiques, chauds, de bonne qualité et éthiques ont généralement deux défauts principaux : ils ne sont disponibles que dans un assortiment limité de couleurs (étant donné que ce sont souvent des teintures végétales, écologiques, etc qui sont utilisées) et ils sont super chers. En soi, c’est toujours ce même débat entre le pull en synthétique non écolo fabriqué en Chine et le produit de qualité fabriqué dans des conditions correctes. J’ai de plus en plus tendance, pour le prêt à porter, à opter pour la solution éthique (mais du coup j’achète moins de fringues). Sauf que pour le tricot, on ajoute ce fameux facteur « made by me », qui signifie que pour mettre le prix dans la matière première, il faut avoir confiance en ses capacités à en faire un produit fini qui vaut ce prix. Ce n’est pas encore mon cas et c’est ce qui me rebute à ce stade, mais promis, dès que mes œuvres seront à la hauteur, j’achète du fil de chanvre chez Kaneh Bosem (le fil « chunky » Merlin me fait super envie) (le fil « épais », c’est à dire qui se tricote avec des aiguilles plus grosses que le 6-7 est difficile à trouver en matière végane naturelle), je tente la Vegan Yarn (ils ont du fil à chaussettes avec des couleurs fun !), j’essaie le fil de bananier (oui) ou je commande à l’étranger sur des sites de tricot 100% vegan (bientôt en France ?).

La prochaine fois, je vous parlerai donc de mes guêtres. Suspense.

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15 thoughts on “Le tricot vegan #Les bases

  1. Oh merci pour toutes ces infos! J’avais l’habitude de tricoter à noël chez ma moman, mais depuis que j’ai quitté la France (et suis devenue végane) je me demandais un peu comment j’allais m’y remettre donc super, plein de solutions et de liens, je suis ravie!! Bon tricotage 😉

    • Ah je suis trop contente que ça puisse t’aider !
      J’adore écrire sur le mode de vie végane mais sur la plupart des sujets je m’abstiens souvent, en trouvant que le sujet est déjà tellement bien traité sur internet. Mais sur le tricot, c’est assez léger donc je suis contente d’apporter ma petite pierre à l’édifice 🙂

  2. Pingback:

  3. Je dois être équipée du décodeur Phildar, je me suis lancée dans un gilet (avec laine) au début de mon apprentissage du tricot (grâce à Youtube), et il est réussi.
    J’ai aussi connu les périodes on/off de tricot, surtout parce qu’à un moment je n’ai plus de projet et donc oublie ce loisir. Mais je m’y suis remise cette année, j’ai fait des moufles et un bonnet pour bébé.
    Et un bonnet pour moi (avec laine, mais c’est de la récup’ de ma mère/grand-mère) (ok les couleurs ne sont pas excellentes, mais quand il fait froid ça ne me dérange pas).
    Le prochain projet, utiliser des pelotes en coton jamais utilisées, pour me faire une marinière pour cet été, il va falloir que je trouve un modèle, merci de me rappeler l’existence de Ravelry !
    Je garde aussi les liens vers les fils en chanvre, je suis d’accord avec toi sur le coût, j’ai du mal à investir dans du fil.

    • Ah oui c’est sûr que sur Ravelry tu vas trouver ton bonheur ! Sinon il y a des modèles de marinières en coton sur We Are Knitters, très joli mais pas le même prix (même s’ils font souvent des promos en cette fin d’hiver) !
      Moi aussi j’ai quelques pelotes de laine qui traînent et je vais essayer de les terminer ! Même si j’ai pas mal de pelotes dont il ne me reste qu’un ou deux exemplaires, donc pas sûre de pouvoir faire vraiment quelque chose avec.
      Haha je t’enverrai des extraits de modèles Phildar que je n’ai pas compris, tu me diras ce que dit ton décodeur 😀

      • Tu as mon adresse 😉 Mais sans rire, si je peux te donner un coup de main c’est avec plaisir.

        • Alors écoute j’ai pris un cours de tricot où on apprenait un peu à déchiffrer les patrons (j’ai compris pas mal de trucs, haha) et du coup, je vais peut être me lancer dans un truc un peu plus complexe. Trop hâte !

          • Cool ! Plus qu’à trouver des idées de projets 🙂

  4. NB concernant le coton, si on tricote avec des petites aiguilles (max 4/4.5) au final on obtient un pull assez lourd, c’est lourd le coton au final
    je crois qu’il y a une fille sur instagram qui teint elle même des fils d’origine végétale, faut que je remette le doigt dessus, je ne savais pas que tu tricotais sinon je t’aurais refilé l’info y a longtemps
    bisous !!

    • Ah oui le coton c’est lourd, je me suis fait un snood avec du coton épais (le DMC Natural XL) et en je sens bien le poids !
      Je suis intéressée par l’info de la fille qui teint ses fils végétaux si tu la retrouves à l’occasion 🙂
      Merci ! 😀

  5. Bonjour, j’ai suivi votre conseil, je me suis lancée et j »ai acheté de la laine chez le revendeur Kaneh Bosem.
    Grosse déception, le chanvre est vraiment lourd à porter et la qualité n’est pas au rendez-vous alors que le prix de la laine est assez couteuse.
    Sinon, une amie m’a recommandé un site où ils vendent des kits à tricoter 100% végan (fibres végétales uniquement) et écologique: vegan-tricot.com. J’ai acheté un kit niveau débutant. Pour une novice en tricot, je peux vous dire que la notice est vraiment bien expliquée. Ce qui n’est pas le cas dans tous les kits où il faut un décodeur. Les photos sont bien explicites. Le tarif est correct sachant que la laine végan de qualité est chère. En plus, j’ai pu choisir un coloris parmi un grand choix.
    Je recommande !!!

    • Bonjour !
      Merci mille fois pour ce retour ! Je suis hyper triste (et désolée !!!) que le fil Kaneh Bosem soit décevant… Effectivement c’est un vrai investissement ce fil, ce qui d’ailleurs m’avait un peu découragée car je ne me sentais pas assez « expérimentée » pour investir dans du fil de très bonne qualité au risque de rater ensuite mon ouvrage !
      Bon par contre : merci beaucoup pour ce partage, je vais le relayer dans mon prochain article sur le tricot !!! J’ai l’impression d’avoir passé des heures à arpenter Google à la recherche d’infos sur le tricot vegan et je ne suis jamais tombée dessus !
      Pour ma part j’ai profité d’une promo récente et me suis offert un kit Wool and the Gang 100% coton Pima : j’ai n’ai pas encore le produit fini (haha) mais j’ai fait environ 1/3 du pull et il est waouh (coton tout doux, tricot hyper agréable, rendu superbe) <3

  6. Bonjour,
    Effectivement, j’ai déjà tricoté avec du Coton Pima Grosse maille que j’ai acheté sur « We are Knitters ». Le coton est très doux et agréable à porter mais l’inconvénient de ce coton est qu’il est tellement absorbant que les tâches ne partent pas (ex: Fond de teint). J’adore tricoter en grosse maille et Wool and The Gang propose surtout des kits à tricoter avec des aiguilles 5 mm.
    Sinon, le Coton Pima en grosse maille est quand même plus lourd que le Coton DMC Xl (100g pour 75 m. comparé à 200g pour 80 m….).
    Merciiii pour votre réponse!
    Bien à vous.

  7. J’ai comparé le fil Kaneh Bosem (chanvre/coton) et le coton en grosse maille pour une même réalisation. Au final, le chanvre est plus lourd que le coton …. ! et beaucoup plus difficile à travailler le chanvre que le coton. Je partage l’avis d’une autre internaute sur votre site, la qualité n’est pas au rendez-vous non plus pour le Chanvre.

    Merci pour l’info, je vais essayer le kit à tricoter vegan de Vegan Tricot :
    https://www.vegan-tricot.com
    A++++

    • Oh la la mais je suis vraiment triste que ce fil soit décevant !
      Grâce à vos retours, j’évite toutefois une belle frustration après l’achat de ce fil, du coup, alors merci !

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