La vie de yogi #5 : Bramacharya ou la Modération

Continuons cette série sur les Yamas et Niyamas.

Après la non-violence (Ahimsa), la vérité (Satya), le fait de ne pas voler (Asteya), nous voici face à l’un des Yamas les plus énigmatiques (et controversés) : Bramacharya.

sugar cane yoga

Le sutra 2.38 indique sobrement « The chaste acquire vitality » (selon la traduction de Chip Hartranft) (on peut aussi être en désaccord avec sa traduction et en rechercher d’autres, ou s’employer à traduire soi-même à traduire l’original : « Brahmacharya pratishthaayaam veerya laabhah »).

Vous avez bien vu le mot chasteté, et clairement, dans certaines traditions du yoga, il est bel et bien question de célibat (pas de sexe, pas de pensée sexuelle). Dans le monde occidental, Bramacharya est parfois traduit par « Célibat » mais le plus souvent par « Modération sexuelle ». Voire Modération tout court – on va y revenir.

Il y a des puristes qui estiment que la traduction littérale est « Célibat » et que toute autre traduction est une excuse trouvée par le yogi occidental pour échapper à l’abstinence alors qu’elle ferait partie intégrante des Yamas. Ce n’est pas tout à fait mon avis et je préfère la notion de modération, qui a une signification plus importante pour moi.

Vivre la vie de yogi et agir selon les principes du yoga ne signifient pas, à mon avis, appliquer des préceptes d’un livre sacré alors qu’il n’ont aucun sens pour nous. Ma prof géniale, Amanda, nous avait dit que ces principes devaient notamment être envisagés et appliqués selon les circonstances du lieu, du moment…  (par exemple, en l’absence de contraception, l’absence de modération sexuelle pourrait conduire à des modes de vie rendant impossible de poursuivre son éveil spirituel – avec 10 enfants à charge, va trouver le temps de méditer, toi).

DONC ne partez pas, je ne vais pas vous dire qu’il faut pratiquer l’abstinence pour être un bon yogi. Vous faites ce que vous voulez de votre corps.

Comment appliquer Bramacharya dans nos vies alors ?

L’idée maîtresse est que l’on cherche (par la modération) à conserver, voire à acquérir plus d’énergie vitale. Amanda parlait de ne pas gâcher notre prana (mot sanskrit pour « énergie vitale »).

On peut gâcher son énergie de mille manière : trop de sport, trop de repas copieux, trop de fêtes, un burn-out professionnel…

Quand j’ai commencé à travailler, comme la plupart des jeunes qui décrochent enfin leur premier job, j’ai beaucoup donné à mon boulot. J’avais fait cinq ans d’études en double cursus, je voulais faire mes preuves, alors je me levais à 7h, je filais au bureau, je prenais les 45 minutes de pause déjeuner réglementaire et je travaillais jusqu’à 20h, sans trop lever le nez de mes dossiers. Je n’avais pas de hobby particulier (pas de sport, de yoga, ou de cuisine – nous sommes en 2008 et tout ceci ne fait pas encore partie de ma vie), je dormais assez peu et j’organisais mon temps libre selon mes dossiers et mes soirées dans des bars. Onze mois plus tard, on me diagnostiquait un cancer, j’étais horrifiée à l’idée de plus pouvoir aller travailler (j’ai demandé au médecin si je devais vraiment m’arrêter UN MOIS, telle était l’étendue de ma naïveté face au diagnostic) (évidemment, j’ai en fait mis un an à reprendre un emploi à temps plein, le médecin avait juste procédé graduellement pour ne pas trop me choquer).

Quand je suis retournée travailler, quelque chose avait changé : j’avais découvert le yoga et décidé que travailler dans un bureau ne serait plus jamais au centre de ma vie. Je n’avais jamais entendu parler de Bramacharya, mais j’avais senti, à ce moment, que concentrer toute mon énergie vitale autour d’un emploi ne me convenait pas. Je travaille toujours dans un bureau, mais mon emploi est simplement ça : un travail. Je fais ce que j’ai à faire, j’essaie de bien le faire, mais je ne néglige pas ma santé, ma famille, mes hobbys, mon bien-être, pour ce travail.

En sens inverse, j’ai un tempérament très sensible aux addictions. Arrêter de fumer était un enfer pour moi. Ne pas boire du tout pendant ma grossesse et la durée de l’allaitement n’était pas super marrant non plus. Si tu m’attables dans un bon resto avec du bon vin, il est fort probable que j’en boive un verre de trop. Et la gueule de bois est le parfait exemple des dégâts de l’absence de modération sur notre pratique du yoga (qui met son réveil 1h plus tôt pour faire du yoga après une soirée trop arrosée ?).

Là encore, pratique physique du yoga et envie de vivre selon les principes du yoga s’entremêlent : c’est parce que je veux être en forme pour faire du yoga demain matin que je pratique Bramacharya (la première série d’Ashtanga avec une gueule de bois ? J’ai testé, c’est nul).

Peut-on appliquer Bramacharya sur nos tapis de yoga ? 

Amy Matthews, l’une de mes professeurs d’anatomie, utilisait souvent l’expression « A little movement in a lot of places » pour illustrer l’idée qu’on ne réalisait pas une posture de yoga avec une seule partie de son corps (pour faire le pont, il ne s’agit pas juste de pousser très fort dans le bras, ou de cambrer très fort le dos, ou d’étirer énormément l’avant du corps… mais bien de mobiliser chacune de ces parties du corps de manière harmonieuse). Appliquer Bramacharya dans les postures de yoga, c’est ne pas forcer comme une brute sur sa jambe gauche, ses abdos ou ses bras parce que « je vais y arriver » (au risque de se blesser, et hello le prana gâché !).

Pratiquer la modération, c’est aussi faire des pauses. Garder son énergie vitale pour qu’elle se concentre sur ce rhume d’automne à soigner plutôt que l’utiliser pour faire du core work.

La prochaine fois, on abordera le dernier des Yamas, Aparigraha. Inspiré-e-s ?

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5 thoughts on “La vie de yogi #5 : Bramacharya ou la Modération

  1. Oui très inspirée, merci ! J’avais lu à mes débuts de yogini iyengar le chapitre sur les yamas dans le livre de yoga pour les femmes de gita iyengar (J’ADORE ce bouquin, c’est une bible pour moi) et même si tout cela fait sens à mes yeux, je trouvais à l’époque c’était difficile, voire impossible/rabat joie à mettre en œuvre. Du coup l’idée d’interpréter les yamas dans le contexte dans lequel nous vivons me parle …. merci !

    • C’est super intéressant et même si je ne connais pas tous les yamas j’applique celui-ci de plus en plus, la modération est quelque chose que j’apprends au fil des ans de manière naturelle dans tous les domaines et parce que je sais de plus en plus ce à quoi j’aspire dans ma vie et celle de ma famille. Tout n’est pas parfait loin de là mais ça progresse.

      • Ah oui, rien n’est jamais parfait, c’est justement l’imperfection qui est parfaite 😉
        Oui, je pense que finalement, plus on vieillit, et plus on est à même de les appliquer, ces yamas et niyamas !

    • Ah je n’ai pas lu celui-là, je me le note ! 🙂
      Oui c’est pas facile, la première fois que j’ai entendu parler de Bramacharya, c’était dans Yoga Mala, hyper aride et pas spécialement modéré non plus, haha !

  2. Côté boulot je n’ai jamais été volontairement dans l’excès, je sais être présente quand il y a vraiment un gros dossier sur le feu, mais je ne fais pas de zèle (quand on connaît ma chef de toutes façons je vois pas pourquoi j’en ferais)(mais ceci est un autre sujet).
    Par contre oui, trop de réseaux sociaux, trop de séries regardées à la suite… j’ai des pistes d’amélioration !
    J’ai arrêté, mais j’ai pu par le passé être un peu addict à certains jeux sur mobile, même à un jeu facebook il y a plusieurs années. Là je suis clean ^^
    Bien souvent quand on est dans l’excès, on n’est plus dans l’écoute du moment présent, regarder un 4ème épisode nous rendra pas forcément plus heureux, et on ne passe pas du temps à faire quelque chose de plus fun / constructif / utile / reposant.

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